Le Tirailleur Républicain

La charge de la brigade légère

 

Il y bien des lunes que le Tirailleur n'a point glosé sur un événement historico-militaire, mais cela va changer dès aujourd'hui.

 


Beaucoup d'entre vous connaissent l'expression « la charge de la brigade légère », d'autres en maîtrisent la signification, mais peu savent à quoi correspond véritablement cette expression entrée dans le langage commun occidental...



Je suis tombé par hasard, cette après-midi sur un film datant de la fin des années 60, et relatant cet épisode, pas si glorieux que ça, de l'histoire militaire britannique. J'ai donc décidé de vous faire un drag and drop de wikipédia expliquant bien mieux que moi cette partie de la bataille de Balaklava durant la guerre de Crimée (quoi ? Ça existe la Crimée ? Quoi il y a eu une guerre là-bas ?).


 

La Charge de la brigade légère est une désastreuse charge de cavalerie, dirigée par Lord Cardigan au cours de la Bataille de Balaklava le 25 octobre 1854 lors de la Guerre de Crimée. Elle est restée dans l'histoire comme le sujet d'un poème célèbre (La charge de la brigade légère) de Alfred Tennyson, dont les vers "Il n'y a pas de raison / il n'y a qu'à agir et mourir"[1] ont fait de cette charge un symbole de l'absurdité de la guerre.

 

La charge est réalisée par la brigade légère de la cavalerie britannique, constituée des 4e et 13e dragons légers, du 17e lanciers, et des 8e et 11e, sous le commandement du major-général, Lord Cardigan. Ils chargent avec la brigade lourde comprenant le 4e dragons irlandais de la Garde, le 5e dragons de la Garde, le 4e dragons Inniskilling et les Gris écossais. Ces unités étaient les principales forces de cavalerie britanniques sur le champ de bataille. Le commandement général de la cavalerie revenait à Lord Lucan.

 

Lucan reçut un ordre du commandant de l'armée, Lord Raglan, indiquant :
Lord Raglan souhaite que la cavalerie avance rapidement au front, suive l'ennemi, et tente de l'empêcher de replier ses canons. L'artillerie montée peut suivre. La cavalerie française est sur votre droite. Immédiat.
L'ordre est porté par le capitaine Nolan, dont il est possible qu'il ait transmis des compléments oraux.

 

En réponse à l'ordre, Cardigan dirige 673 (ou 661) cavaliers directement dans la vallée entre la colline de Fedyukhin et celle de la chaussée, nommée plus tard "Vallée de la Mort" par Tennyson. Les forces russes, commandées par Pavel Liprandi, comportaient environ 20 bataillons d'infanterie soutenus par plus de cinquante pièces d'artillerie. Ces forces étaient déployées sur les deux côtés et le fond de la vallée.

 

Il semble que l'ordre de Cardigan concernait la masse des canons russes dans une redoute au fond de la vallée, environ 1,5 km plus loin, tandis que Raglan comprit un groupe de redoutes sur l'autre versant de la colline formant le côté gauche de la vallée. Celles-ci n'étaient pas visibles de la Brigade légère, placée dans le fond de la vallée.



La brigade parvient au contact des forces russes au fond de la vallée, et les contraint à fuir la redoute. Elle subit de lourdes pertes, et est bientôt contrainte de se replier. Lucan échoue à soutenir Cardigan, et certains soupçonnent qu'il était motivé par son animosité contre son beau-frère : la Brigade lourde débouche dans la vallée, mais n'avance pas plus loin. La cavalerie française, les chasseurs d'Afrique, sont plus efficaces en ce qu'ils brisent la ligne russe sur la colline de Fedyukin et couvrent les survivants de la brigade légère durant leur retraite.

 

Cardigan survit, et décrit plus tard l'engagement dans un discours à Mansion House, à Londres, qui est repris et cité en longueur aux communes plus tard :



"Nous avançâmes sur une pente graduelle de plus d'un kilomètre, les batteries vomissant sur nous obus et ferraille, avec une batterie sur notre gauche et une sur notre droite, et l'espace intermédiaire couvert de fusiliers russe ; ainsi quand nous arrivâmes à 50 mètres des bouches de canons qui avaient crachés la destruction sur nous, nous étions, en fait, encerclés par un mur de feu, en plus de celui des fusiliers sur notre flanc.


Alors que nous gravissions la colline, le feu oblique de l'artillerie versait sur notre arrière, de telle manière que nous avions un feu nourri sur l'avant, le flanc et l'arrière. Nous entrâmes dans la batterie, la traversâmes, les deux régiments de tête frappant un grand nombre des cannoniers russes au passage. Dans les deux régiments que j'eus l'honneur de diriger, chaque officier, à une seule exception, fut soit tué soit blessé ou eut son cheval tué sous lui ou blessé. Ces régiments passèrent, suivis par la deuxième ligne, constituée de deux régiments supplémentaires, qui continuèrent le devoir de frapper les cannoniers russes.
Ensuite vint la troisième ligne, formée d'un autre régiment, qui compléta le devoir fixé à notre brigade. Je crois que ce fut fait avec un véritable succès, et le résultat en fut que ce corps, composé de seulement 670 hommes environ, parvint à passer à travers la masse de la cavalerie russe qui — comme nous l'avons appris depuis — était forte de 5240 hommes ; et ayant traversé cette masse, ils virèrent, comme le veut notre expression technique militaire, "à bout", et se retirèrent de la même manière, faisant autant de dégâts que possible sur la cavalerie ennemie. En revenant vers la colline d'où était partie l'attaque, nous avons dû subir le même gantelet de fer et subir le même risque du feu des tirailleurs sur notre flanc qu'à l'aller. Nombre de nos hommes furent frappés, hommes et chevaux furent tués, et beaucoup des hommes dont les montures étaient tuées furent massacrés alors qu'ils tentaient de s'enfuir.
Mais, mylord, quel fut le sentiment de ces braves qui sont revenus à leur position. De chaque régiment n'est revenu qu'un petit détachement, les deux tiers des effectifs engagés ayant été perdus ? Je pense que chaque homme engagé dans cette désastreuse affaire de Balaklava, qui fut assez chanceux pour en sortir vivant, doit ressentir que ce fut seulement par un décret de la Divine Providence qu'il échappa à la mort la plus certaine qu'il était possible de concevoir."[




 



La brigade n'est pas complètement détruite, mais souffre terriblement : 118 tués, 127 blessés, et 362 chevaux perdus. Après le regroupement, seuls 195 hommes ont encore des chevaux. La futilité de l'action et sa bravoure imprudente ont fait dire au général français Pierre Bosquet : « C'est magnifique, mais ce n'est pas la guerre. » Il est dit que les commandants russes ont d'abord cru que les cavaliers avaient trop bu. La réputation de la cavalerie anglaise s'améliora fortement après cette charge, même si l'on ne peut en dire autant de celle de leurs commandants.

 

La lenteur des communications par mer fait que la nouvelle du désastre n'atteint le public britannique que trois semaines après. Les rapports du front des commandants britanniques sont publiés dans une édition extraordinaire de la London Gazette le 12 novembre 1854. Raglan blâme Lucan pour la charge, déclarant que "Par son incompréhension de l'ordre d'avancer, le lieutenant-général (Lucan) considéra qu'il devait attaquer à tout prix, et il ordonna au major général Cardigan d'avancer avec la brigade légère".

 

En mars 1855, Lucan est rappelé au Royaume-Uni. La charge devient un sujet de controverse considérable et de débats publics à son retour. Il rejette vigoureusement la version de Raglan des événements, la traitant d'« imputation assombrissant sérieusement mon caractère professionnel ». Dans un échange public de correspondance imprimées dans les pages du Times de Londres, Lucan blâme Raglan et son aide de camp (décédé) Nolan, messager de l'ordre contesté. Lucan se défend lors d'un discours à la Chambre des Lords le 19 mars.

 

Lucan échappe au blâme pour la charge, puis fait membre de l'Ordre du Bain en juillet de la même année. Même s'il ne fut plus jamais militaire d'active, il atteint le rang de général en 1865 et fut fait maréchal l'année précédant sa mort.

 

La charge continue à être étudiée par les historiens militaires et les étudiants comme un exemple de ce qui peut mal tourner quand on manque d'un renseignement militaire précis et que les ordres ne sont pas clairs. Winston Churchill, qui était un fin historien militaire et un ancien cavalier, insista en 1945 lors de la conférence de Yalta pour prendre le temps d'aller voir lui-même le champ de bataille.


 




Les poèmes de Tennyson

La charge de la brigade légère

Le poème, publié le 9 décembre 1854 dans The Examiner, glorifie la brigade : "Comment leur gloire peut faiblir ? Ô la charge sauvage qu'ils firent !"[2] tout en gémissant sur l'épouvantable futilité de la charge : "Sans que les soldats sachent, quelqu'un a fait une gaffe (…) Chargeant une armée, quand le monde s'interroge" [3]. Tennyson écrit le poème quelques minutes après avoir lu un récit de la bataille dans le Times. Il devient immédiatement très populaire, jusque dans la troupe en Crimée, où il est distribué sous forme de pamphlet.

 

Des spéculations existent pour savoir s'il a été vraiment écrit pour glorifier la Brigade, ou comme un message subtil sur les horreurs de la guerre.

 

Un enregistrement audio de la lecture par Tennyson du poème, enregistré en 1890 sur un cylindre de cire, est disponible en ligne [2].

Texte sur Wikisource:en

Réponse de Kipling

 

En 1881, Rudyard Kipling écrit une réponse, titrée Le dernier de la Brigade Légère, qui tente de donner honte au public britannique en décrivant les conditions difficiles rencontrées par les survivants de la Brigade légère.

 

Texte sur Wikisource (en anglais)

La charge de la brigade lourde

 

L'action plus favorable de la Brigade lourde qui a lieu le même jour est aussi commémorée par Tennyson dans La Charge de la Brigade lourde, un poème écrit en 1882 sur une suggestion de Alexander William Kinglake. Il n'atteint jamais la popularité du précédent.

 

Le poème est centré sur les "trois cent" de la Brigade Lourde qui ont participé à la charge, c'est-à-dire les Scots Grey et le 2e escadrons des Inniskilling Dragons. Le "Scarlett" dont parle le poème est Sir James Yorke Scarlett, qui dirige la charge. Le même jour durant la guerre de Crimée (25 octobre 1854) a lieu une action du 93e régiment immortalisée comme la fine ligne rouge, même si cela ne restait qu'une légende.

 

Autres médias

Cette charge a fait deux fois l'objet d'un film. Le premier, La Charge de la brigade légère (1936) par Michael Curtiz avec Errol Flynn, Olivia de Havilland et David Niven est une vision hollywoodienne inspirée par Rudyard Kipling, image mythique de l'impérialisme britannique. Le second, fortement critique, est réalisé en 1968 par Tony Richardson avec John Gielgud et Trevor Howard et cherchait à être brutalement authentique, en se basant sur les recherches de Cecil Woodham-Smith dans The Reason Why (1953). Des animations contemporaines, dans les style du Punch Magazine et animées à la manière des Monty Python introduisaient le film pour informer l'audience américaine de la politique britannique. Elles contrastent avec la direction artistique méticuleuse d'Edwad Marshall et la cinématographie de David Watkin.

 

Le groupe psychédélique Pearls Before Swine enregistre un album titré "Balaklava", inspiré par les événements de la charge.

 

Le groupe de hard rock Iron Maiden a écrit une chanson sur la charge, "The Trooper".

 

George MacDonald Fraser utilise la campagne de Crimée et la charge dans son roman Flashman at the Charge.

 

Un vers du poème est paraphrasé dans un remplissage cryptographique de l'amiral Chester Nimitz lors de la bataille du golfe de Leyte qui a lieu le jour du 90e anniversaire de la charge.


 



10/12/2008
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