Ô rage ! Ô désespoir ! Ô I.P.R. Ennemis !
N'ai-je donc tant appris que pour choir à Chauny ?
Et ne suis-je blanchi dans les transports routiers
Que pour me voir à Thourotte Z.R-isé ?
Ma cola qu'avec respect tout Gouvieu admire,
Ma cola, qui tant de fois a été mon empire,
Tant de fois apprêté la nuque de son Roi,
Trahit donc mes bonnifs et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel avenir de ma Mut tombée !
Oeuvre de tant de jours en un jour effacé !
Nouvelle affliction fatale à mon bonheur !
Précipice collégien où tombe un professeur !
Faut-il par ce Diktat voir s'éloigner Malraux,
Et jouir en remplaçant, puis chuter de haut ?
Barre d'entrée, soit de mon poste l'ultime rancoeur;
Le lycée n'admet point stagiaires sans honneur;
Et ton affectation, par cet affront insigne
Malgré le choix du Roi, m'en a su rendre indigne.
Toi, de mes espérances glorieux établissement,
Mais aux effectifs sans places, inutile ornement,
Mut, terrible arrêt, en dernier tu m'as servi,
Détruit ma carrière, ne restant pas à Uhry,
Va, quitte désormais les rêves du T.Z.R.,
Passe, pour enseigner il nous faut changer d'aire.
L'original :
Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras qu'avec respect tout l'Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
OEuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher le comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ?
Comte, sois de mon prince à présent gouverneur;
Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur;
Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne
Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne.
Et toi, de mes exploits glorieux instrument,
Mais d'un corps tout de glace inutile ornement,
Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
M'as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger, en de meilleures mains.
(Le Cid, extrait acte I, scène 4) Corneille.